Conciergerie et carte G : est-elle obligatoire ? (loi Hoguet)
Publié le · 7 min de lecture · Par l’équipe iziloc
L’essentiel en 30 secondes
- La loi Hoguet réserve aux titulaires d’une carte professionnelle l’entremise en location (carte T) et la gestion immobilière (carte G), y compris en location saisonnière.
- Les prestations matérielles sont libres : accueil, remise des clés, ménage, linge, maintenance.
- Encaisser des loyers ou signer au nom du propriétaire exige clairement une carte. Gérer les annonces, les prix et le calendrier est la zone à risque.
- En janvier 2025, le tribunal judiciaire de Tours a annulé les contrats d’une conciergerie sans carte qui fixait les prix et gérait calendrier et annonces, sans même encaisser les loyers.
- Sanctions : jusqu’à 6 mois de prison et 7 500 € d’amende, nullité du contrat et perte du droit à rémunération.
« Faut-il une carte G pour ouvrir une conciergerie ? » C’est la question que se posent tous ceux qui se lancent, et celle à laquelle Internet répond le plus mal : beaucoup de sites affirment qu’il suffit de ne pas encaisser les loyers pour être tranquille. Une décision de justice de 2025 montre que ce n’est pas si simple. Voici ce que dit la loi, ce qu’ont jugé les tribunaux, et les façons d’exercer en sécurité.
Ce que dit la loi Hoguet
La loi du 2 janvier 1970, dite loi Hoguet, s’applique à toute personne qui, de manière habituelle, se livre ou prête son concours, même à titre accessoire, à des opérations portant sur les biens d’autrui. Deux de ces opérations concernent directement les conciergeries :
- la location ou sous-location, saisonnière ou non, en nu ou en meublé : c’est l’entremise, qui relève de la mention « Transactions » (carte T) ;
- la gestion immobilière : c’est la mention « Gestion immobilière » (carte G).
Ces activités ne peuvent être exercées que par le titulaire d’une carte professionnelle délivrée par la chambre de commerce et d’industrie. La loi vise expressément la location saisonnière : le meublé de tourisme n’est pas une exception.
Quelles activités de conciergerie sont concernées ?
Le jugement de Tours : pourquoi il change la donne
Le 28 janvier 2025, le tribunal judiciaire de Tours a examiné le cas d’une conciergerie qui réclamait le paiement de ses prestations à des propriétaires. Elle assurait la fixation du prix des nuitées, la gestion du calendrier, la mise à jour des annonces, les arrivées et départs, le ménage et la petite maintenance. Elle n’encaissait pas les loyers.
Le tribunal a considéré que cet ensemble constituait de la gestion immobilière au sens de la loi Hoguet. Faute de carte professionnelle, les contrats ont été annulés et la conciergerie déboutée de ses demandes de paiement.
Il s’agit d’une décision de première instance, et la jurisprudence reste très rare : on ne peut pas en déduire une règle définitive. Mais elle suffit à écarter l’idée, très répandue, selon laquelle « sans encaissement, pas besoin de carte ».
Les sanctions encourues
| Risque | Conséquence |
|---|---|
| Exercice sans carte | Jusqu’à 6 mois d’emprisonnement et 7 500 € d’amende |
| Détention de fonds sans carte ni garantie | Jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende |
| Sur le contrat | Nullité : la conciergerie perd son droit à rémunération |
| Honoraires déjà perçus | Restitution possible, dans la limite de la prescription |
| Concurrents titulaires de la carte | Action en concurrence déloyale |
Comment exercer en sécurité : quatre options
1. Se limiter aux prestations de services
Le propriétaire reste l’hôte : il publie l’annonce, fixe ses prix, accepte les réservations et perçoit les loyers. La conciergerie réalise et facture des prestations (accueil, ménage, linge, maintenance). C’est le cadre le plus sûr sans carte, à condition que le contrat et la pratique correspondent vraiment à cette répartition.
2. Obtenir la carte professionnelle
Les conditions à réunir auprès de la CCI :
3. Travailler avec un titulaire de carte
Une conciergerie peut s’adosser à un professionnel titulaire de la carte (agence, administrateur de biens, réseau), comme salarié ou agent commercial habilité : c’est alors le titulaire qui porte le mandat. Vérifiez précisément qui signe avec le propriétaire et qui détient les fonds.
4. La sous-location, un autre métier
Certains exploitants louent le logement au propriétaire puis le sous-louent aux voyageurs : ils agissent alors pour leur propre compte, et non pour celui d’autrui. Ce modèle suppose l’accord écrit du propriétaire, transfère le risque locatif à l’exploitant et relève d’autres règles (fiscalité, changement d’usage). Ce n’est plus de la conciergerie.
Propriétaires : comment vérifier votre conciergerie
- Demandez-lui si elle détient une carte, avec quelle mention, et son numéro. Le fichier des professionnels de l’immobilier, tenu par les CCI, est consultable en ligne.
- Lisez dans le contrat qui fixe les prix, publie les annonces et perçoit les loyers.
- Si elle détient des fonds, demandez l’attestation de garantie financière.
Les clauses à prévoir sont détaillées dans notre guide du contrat de conciergerie, et les étapes de création dans créer une conciergerie.
Et avec un logiciel de gestion ?
Un outil ne change pas la qualification juridique de votre activité, mais il peut refléter une répartition claire des rôles. Dans iziloc, le propriétaire confie ses biens à sa conciergerie par un mandat dont il choisit les droits, il peut y mettre fin à tout moment, et les paiements des voyageurs ne passent pas par l’application : la conciergerie suit ses interventions et facture ses prestations. Voir iziloc pour les conciergeries.
Questions fréquentes
Une conciergerie Airbnb doit-elle avoir la carte G ?
Cela dépend de ce qu’elle fait. Si elle se limite à des prestations matérielles (accueil, ménage, linge, maintenance), aucune carte n’est exigée. Si elle gère le bien pour le compte du propriétaire (encaissement des loyers, signature de contrats, et selon un jugement de 2025, fixation des prix et gestion des annonces et du calendrier), l’activité relève de la gestion immobilière et de la loi Hoguet.
Si Airbnb encaisse les loyers, suis-je dispensé de carte ?
Pas nécessairement. C’est l’argument le plus répandu, mais le tribunal judiciaire de Tours a jugé le 28 janvier 2025 que la fixation des prix, la gestion du calendrier et la mise à jour des annonces constituaient de la gestion immobilière, alors même que la conciergerie n’encaissait pas les loyers. La décision est de première instance, mais elle montre que l’absence d’encaissement ne suffit pas à écarter le risque.
Quelle différence entre la carte T et la carte G ?
La carte portant la mention « Transactions sur immeubles et fonds de commerce » (T) couvre l’entremise : rechercher des locataires et conclure des locations pour le compte du propriétaire, y compris saisonnières. La mention « Gestion immobilière » (G) couvre la gestion du bien : encaissement des loyers, suivi, reddition de comptes. Une même carte peut porter plusieurs mentions.
Comment obtenir la carte professionnelle ?
Elle se demande auprès de la chambre de commerce et d’industrie (CCI). Il faut justifier d’une aptitude professionnelle (diplôme, ou baccalauréat et 3 ans d’expérience salariée dans le secteur, ou 10 ans d’expérience, 4 ans pour un cadre), d’une assurance de responsabilité civile professionnelle, d’une garantie financière en cas de détention de fonds, et d’un casier compatible. Elle est valable 3 ans.
Que risque un propriétaire dont la conciergerie n’a pas de carte ?
Le contrat peut être annulé, ce qui désorganise la gestion du bien, et les fonds éventuellement détenus par la conciergerie ne sont couverts par aucune garantie financière. Avant de signer, demandez le numéro de carte et vérifiez-le sur le fichier public des CCI.
Sources officielles
- Loi n° 70-9 du 2 janvier 1970 (loi Hoguet) — Légifrance
- Article 14 de la loi Hoguet (sanctions) — Légifrance
- Professionnels de l’immobilier : les règles à connaître — DGCCRF
- Demande de carte professionnelle de l’immobilier — CCI France
- Conciergeries : doivent-elles détenir une carte professionnelle ? — Journal de l’Agence
Ce guide donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé.